mercredi 21 octobre 2009

Flore urbaine







La flore à Venise ne se résume pas aux jardins secrets ou publics ni aux bacs à fleurs qu’on trouve aux fenêtres et aux balcons. Il en existe une mineure pourtant omniprésente qui passe souvent inaperçu. En surface, entre les pavés des calli, les fissures des murs, les briques, les marches des ponts, à la base des margelles de puits, le promeneur attentif découvrira des végétaux adaptés à cet environnement insolite. Notamment la christe-marine, aussi connu sous le nom de « finocchio di mare » (chrithmum maritimum) qui prend racine entre les pierres de murs qui longent les canaux.

« […] des végétaux insignifiants et souvent anonymes qui poussent là où on ne les attends pas et où ils ne semblent points être nécessaires. Sous les balcons, autour des puits, sur les façades et le long des palissades, là où la pierre se fend et se fissure, la brique s’effrite et cède aux assauts de l’humidité, le crépi se craquelle et se désagrège, partout ils sont là, en plein centre de Venise. Une graine est tombée dans un trou presque invisible, venant de Dieu sait où, elle y a germé et s’est transformée en une maigre pousse ou un modeste bouquet. […] La pariétaire ou casse-pierre (que le Vénitiens appellent parietaria ou muraiola précisément parce qu’elle adhère aux parois et s’accroche aux murs) se rencontre plus souvent qui les autres plantes de la même famille, dans les endroits bien différents les uns des autres […]. On ignore comment et de quoi elle se nourrit. Elle n’a pratiquement d’autre support que l’humidité infiltrée dans les interstices d'où elle jaillit. […] On donne également à la pariétaire le nom de vetriola ou viriola (de vetro, verre) car on s’en sert, infusée dans l’eau chaude, pour laver les objets de verre, même les plus fragiles […]. On en faisait jadis une tisane pour soigner les maux de gorges. » p.35-38
« Dans des manuscrits conservés à la bibliothèque Marciana et au musée Correr, on mentionne également le cheveu-de-Vénus ou capillaire, déjà connu de Pline, le ciste ou absinthe de mer, le crithme ou christe-marine, auquel on donne, sur une partie de la côte ouest de l’Adriatique, le nom étrange de tassobarbasso […]. » p.39

citations extraites de: L’autre Venise de Predrag Matvejevitch

7 commentaires:

  1. Présentes partout et pourtant invisible aux regards pressés. Merci de nous avoir ouvert les yeux.

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  2. J'adore ce bouquin que je reprends souvent... l'histoire des cocci... je viens de recevoir un livre édité en 1969 chez Arthaud "Intimité de Venise" par A. T'serstevens: à le feuilleter je pense passer de doux moments durant ces vacances de novembre.

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  3. Comme le dit si bien Aldo, cette flore est omniprésente, il suffit d'ouvrir les yeux et d'admirer, comme vous l'avez si bien fait, au fil de vos promenades et de vous arrêter pour prendre une petite photo, sympa le sujet d'aujourd'hui, ce qui me donne envie de vous en transmettre sur mon blog.
    a presto
    Danielle

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  4. Merci Danielle! La faune suivra sous peu...
    a presto!

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  5. I liked that book too, especially the part about him seeing the cat and the dog eating those herbs. Love your photos (that is such a beautiful shrine!).

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  6. Moi, je n'ai pas aimé ce livre, mais quand je le reprends ce soir, je m'aperçois que je n'ai souligné que les passages sur la flore... C'est drôle, non? En fait, ce que je n'aime pas chez Matvejevitch, et La Capria qui en a fait la préface, c'est ce côté : "la masse est dans l'erreur et nous l'élite étincelante, nous sommes au-dessus de lot, seuls à même de bien connaître et apprécier Venise!" C'est ce côté : "les autres sont dans la représentation de Venise, moi je suis dans la réalité". La Capria dit même que la stratégie de Matvejevitch est de "nettoyer minutieusement au pinceau la réalité ensevelie sous la poussière des représentations." Mais il est faut de dire que la réalité est écrasée sous le poids des représentations ; la réalité, c'est plutôt le faisceau de toutes les représentations, autant celles qui répugnent à Matvejevitch que celles qu'il partage. Venise, c'est à la fois le touriste pressé qui déguste une mauvaise glace sur le Rialto et c'est aussi le connaisseur qui ausculte un tableau de Carpaccio à la loupe. Et c'est ça la force de Venise, plaire à tout le monde, même si au fond de soi on préférerait qu'elle plaise à moins de monde!
    Et puis, pour revenir à la flore, on rencontre la pariétaire partout, pas seulement à Venise, mais dans les petits villages des montagnes corses où j'ai passé toutes mes vacances enfant, jusque dans les villes de la banlieue parisienne, au pied des stations de métro... Tous les matins quand je prends le métro, j'en vois au pied de la station!!!
    J'attends le post sur la faune!

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  7. JMV: Nous avons une lecture différente du livre de Matvejevitch. J'aime précisément ce regard microscopique sur les petits détails de Venise, ceux qui passent effectivement inaperçu aux yeux du "touriste de masse". Mais en même temps, je dis chacun son truc. Peut-être devrais-tu donner une seconde chance au livre? J'ai bien aimé aussi le passage sur les "cocci".
    Pour la pariétaire, je me doute bien sûr qu'elle n'est pas propre à Venise... je tâcherai d'ouvrir les yeux quand je passerai à Paris cet hiver ;) Mais celle de Venise capte plus mon attention.
    Tu me mets la pression pour le post de la faune! Je te préviens, ça ne sera pas exhaustif. Je me suis intéressée à ce qui se trouve à la base des murs mouillés par les canaux... Donc, pas de pigeons, ni de chiens ou de chats ou encore de rats (qui semblent être de retour d'ailleurs...)

    Martine: je ne crois pas connaître ce livre. Vous m'en donnerez des nouvelles.

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