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30 octobre, 2016

Musique et musiciennes à Venise. Histoire sociale des ospedali


Sur France Musique dans le cadre de l'émission Sous la couverture De Caroline Giron-Panel “Musique et musiciennes à Venise. Histoire sociale des ospedali - XVIIe-XVIIIe siècles”
“Enfants prodiges, génies en devenir, célèbres pour avoir déçu Jean-Jacques Rousseau qui les qualifia de laiderons tout en se délectant de leur chant, les musiciennes des ospedali méritent une place à part dans l’histoire culturelle et musicale de Venise...”

Quelles sont les raisons qui expliquent cette spécificité vénitienne ? Pourquoi avoir choisi de réserver l’apprentissage de la musique aux seules filles ? Qui étaient ces musiciennes ? Quels témoignages en ont donné les voyageurs qui traversaient l’Europe pour venir les entendre ?

Lien pour écouter le podcast: http://www.francemusique.fr/emission/sous-la-couverture/2016-2017/de-caroline-giron-panel-musique-et-musiciennes-venise-histoire-sociale-des-ospedali-xvie

Archiviste paléographe, docteure de l’Université de Grenoble et de l’Università Ca’ Foscari à Venise, ancienne membre de l’École française de Rome, Caroline Giron-Panel est conservatrice à la Bibliothèque nationale de France-Bnf. Ses travaux portent sur l’histoire du fait musical, sur la circulation des musiciens à l’époque moderne et les rapports entre musique et genre.

Musique et musiciennes à Venise. Histoire sociale des ospedali (XVIe-XVIIIe siècles)
Giron-Panel, Caroline
Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome 363
Roma: École française de Rome, 2015
ISBN: 978-2-7283-0993-1
1082 p., ill. n/b et pl. coul.
Résumé:
Célèbres pour avoir déçu Jean-Jacques Rousseau, qui les qualifia de « laiderons » tout en se délectant de leur chant, les musiciennes des ospedali méritent une place à part dans l’histoire culturelle et musicale de Venise. Au début du XVIe siècle, les institutions charitables vénitiennes ne faisaient pas figure d’exception dans l’Europe de la Réforme catholique : toutes les grandes villes se dotaient alors d’hôpitaux, d’orphelinats et d’établissements destinés à secourir les enfants trouvés. Pourtant, seuls les ospedali de Venise ont vu se développer en leur sein de prestigieuses écoles de musique, qui ont formé des musiciennes suffisamment exceptionnelles pour attirer, au XVIIIe siècle, les amateurs de toute l’Europe. Quelles sont les raisons qui expliquent cette spécificité vénitienne ? Pourquoi avoir choisi de réserver l’apprentissage de la musique aux seules filles ? Qui étaient ces musiciennes ? Quels témoignages en ont donné les voyageurs qui traversaient l’Europe pour venir les entendre ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles cet ouvrage souhaite répondre, en adoptant une vision kaléidoscopique de ce phénomène exceptionnel. À la lisière de l’histoire sociale, de la musicologie, de l’histoire culturelle et des études de genre, cet ouvrage explore les sources d’un modèle vénitien voué à un brillant avenir, puisque les actuels conservatoires en sont les héritiers directs.

http://www.aibl.fr/IMG/pdf/hommageaibl_berce_musique-et-musiciennes-a-venise_22-01-2016.pdf


24 juin, 2014

Balade à la découverte des ospedali vénitiens

Balade à la découverte des ospedali vénitiens
sur les ondes de la RSR dans le cadre de l'émission Musique en mémoire



Dès le premier quart du XVIème siècle, la République de Venise fait figure de centre névralgique pour la vie musicale en Europe. Tandis que les grands maîtres se succèdent au poste de maître de chapelle à San Marco, l'imprimerie musicale y est en plein essor.

Puis, le pouls de la ville est marqué par l'intense activité des théâtres.

C'est dans ce contexte de très haute activité musicale que sont fondés les quatre ospedali de Venise: la Pietà, les Derelitti (ou l'Ospedaletto), San Lazzaro dei Mendicanti et les Incurabili.

Ces "hôpitaux" accueillent les malades de la ville, mais aussi les orphelins. Tandis que l'on soumet les garçons à une formation professionnelle, les pensionnaires féminines les plus douées reçoivent un enseignement musical. Elles forment alors les orchestres et les chœurs qui se produisent lors des offices et des messes de l'église rattachée à leur institution. Véritables virtuoses, elles reçoivent les enseignements d'illustres musiciens et compositeurs tels que Vivaldi, Hasse, Porpora et Galuppi! Au XVIIIème siècle, les églises des ospedali vénitiens deviennent des salles de concert incontournables pour les visiteurs du Grand Tour. Nombreux sont les témoignages écrits au sujet de ces "anges": Goethe, Burney et Rousseau, pour ne citer qu'eux. Tous s'accordent à dire que les figlie des ospedali sont touchées par la grâce.

Musique en mémoire vous propose une balade musicale à Venise, à la rencontre des quatre ospedali qui jadis firent la renommée de la ville, en compagnie de Brenno Boccadoro, professeur à l'Université de Genève, et avec la participation de Pier Giuseppe Gillio, professeur au Conservatoire de Novara, en Italie.

Une série de cinq émissions proposée par Monica Schütz
Réalisation Gérald Hiestand
Assistance de production: Isabelle Watson

1. Premier arrêt: l'Ospedale della Pietà
2. La Venise musicale
3. Passage aux Derelitti, dit l'Ospedaletto
4. Regard sur les Incurabili
5. Halte à San Lazzaro dei Mendicanti

Lien: http://www.rts.ch/espace-2/programmes/musique-en-memoire/5914356-musique-en-memoire-du-23-06-2014.html





04 avril, 2009

Quel avenir pour les filles des ospedali?

Les jeunes filles recueillies par les ospedali étaient tenues de rester dans la chapelle musicale jusqu'à environ quarante ans. Elles étaient soumises à des conditions strictes. Elles devaient s'engager à servir leur choeur pendant au moins dix ans, former au moins deux musiciennes plus jeunes après quoi elles pouvaient décider soit de rester toute leur vie à l'ospedale en devenant "maestre" ou prieure, soit de quitter l'institution pour entrer au couvent si elles en avaient la vocation, soit de se marier.
Il existait cependant une condition sine qua non pour quitter l 'ospedale: celle de ne JAMAIS se produire sur les scènes des théâtres publics. L'enseignement offert aux jeunes filles n'était en effet pas destiné à faire d'elles des "divas" mais des "servantes de la musique" au service de Dieu.
Les archives font état de quelques anciennes "filles du choeur" qui, malgré l'interdiction, sont parvenues à de brillantes carrières internationales. On peut penser à Faustina Bordoni, rivale de la Cuzzoni et une prima donna de Haendel, ancienne chanteuse de la Pietà, où elle était une "élève privée", c'est à dire une élève payante venant de l'extérieur de l'ospedale. Elle fut formée notamment par Gasparini. Puis elle épousa Johann Adolf Hasse et se produisit dans toute l'Europe.

Portrait de Faustina Bordoni par Rosalba Carriera

On retrouve également Maddalena Laura Lombardini-Sirmen, violoniste, chanteuse et seule compositrice connue issue des ospedali.
Deux musiciennes passèrent à l'histoire en tentant de s'échapper de leur ospedale en 1783. Elles s'étaient enfuies en gondole en compagnie d'un jeune homme qui leur avait fait miroiter une carrière prometteuse sur les planches. Elles furent bien vite retrouvées le lendemain. L'une d'entre elles, Adriana Ferrarese (Gabrieli) dite "La Ferrarese", fut renvoyée de l'institution. Elle réapparaît, après de multiples déboires, au King's Theater de Londres où elle chantera le Demetrio de Luigi Cherubini en janvier 1785. On la verra aussi à Vienne. Mozart composa pour elle un aria et un rondo. Enfin, elle s'illustra dans le rôle de Fiordiligi dans Cosi fan tutte le 26 janvier 1790.
La seconde fugueuse, Bianca Sacchetti, a pu réintégrer l'institution où elle passa le restant de ses jours. Chanteuse, harpiste et organiste, elle occupa le poste de prieure, c'est-à-dire responsable des filles du choeur jusqu'en 1805, moment où l'ospedale cessa ses activités.

02 avril, 2009

Au fil de mes lectures

Cette semaine, je me concentre plus particulièrement sur la Venise musicale, celle des ospedali. Ce qui m’a amenée à relire Les Balades musicales dans Venise de Sylvie Mamy, un ouvrage très intéressant, richement illustré qui propose des promenades thématiques autour des lieux, des musiciens et compositeurs ayant marqué la vie musicale vénitienne. Ainsi, le chapitre 4 porte sur les hospices musiciens ou ospedali grandi qui sont au nombre de quatre :

Ospedale degli Incurabili (1522) : cet institut fut fondé par la volonté de deux patriciennes vénitiennes – Maria Malipiero et Marina Grimaldi – dans un premier temps il accueillit les syphilitiques, qui a cette époque étaient « incurables », puis se consacra plus tard à l’accueil et à l’éducation des jeunes orphelins. Baldassare Galuppi, dit il Buranello, y fut maître de chapelle, Porpora maître de chœur avant de diriger la chapelle musicale de la Pietà en 1742, puis celle de l’Ospedaletto. Il reviendra aux Incurabili en 1768. Hasse composa pour cette chapelle un Miserere.

Ospedale dei Derelitti aussi appelé Ospedaletto (1528) : elle fut fondée par Girolamo Miani. Y ont œuvré Tomaso Traetta, Legrenzi, Porpora et Domenico Cimarosa, entre autres.

Sala di Musica à l'Ospedaletto


Ospedale di San Lazzaro dei Mendicanti (1594) : Parmi les musiciens et compositeurs ayant œuvré aux Mendicanti figurent Giovanni Legrenzi, Baldassare Galuppi, Fernando Bertoni et Giovanni Battista Vivaldi, père d’Antonio Vivaldi, qui fut maestro di strumenti.



Ancienne Pietà


Plaque commémorative à l'emplacement de l'ancienne Pietà.



Ospedale della Pietà : endroit où enseigna Vivaldi de 1703-1738 et dont ne subsistent aujourd’hui plus que quatre colonnes qu’on peut voir dans l’hôtel Metropole, la cour avec son puits et l’escalier en hélice. Francesco Gasparini y fut maître de chapelle de 1701-1713, il enseigna notamment à Faustina Bordoni (élève payante). La Pietà actuelle, située juste à côté de l’hôtel date de 1760.
Ces ospedali étaient à la fois des hôpitaux, des hospices, des orphelinats et des écoles de musique.



« À la Pietà on prie Dieu avec le violon;
aux Mendicanti avec la flûte;
à l’Ospedaletto avec le basson
et aux Incurabili avec le tambour.
»
Anonyme, XVIIIe siècle.

À visiter :
- Ospedaletto, l’église, la salle de Musique, la cour des « putte » et l’escalier, Castello 6691, barbaria delle Tole : vendredi et samedi 15h30-18h30, entrée 2 euros.
- La Pietà, riva degli Schiavoni : lundi-dimanche 10h-12h et 16h-18h.
- Incurabili, fondamenta Zaterre allo Spirito Santo , Dorsoduro 423 : le cloître est accessible aux heures où l’Académie des Beaux-Arts est ouverte.
- Église San Lazzaro dei Mendicanti, fondamenta dei Mendicanti près de SS. Giovanni e Paolo : l’église est ouverte lors des messes (je ne l’ai personnellement jamais trouvée ouverte…) et l’accès aux cloîtres est possible durant les heures de visite de l’hôpital, l’après-midi à partir de 15h.
- Le petit musée de la Pietà Antonio Vivaldi, calle della Pietà 3701 : lundi-mercredi 11h-16h.

À écouter :
- Les Grazie Veneziane : Musica degli Ospedali (Porpora, Hasse et Galuppi) par le Vocal Concert Dresden sous la direction de Peter Kopp, étiquette Carus, 2008.

À lire sur le sujet :
- Mélodies urbaines : La musique dans les villes d’Europe (XVIe-XIXe siècles), sous la dir. de Laure Gauthier et Mélanie Traversier, Paris, P.U.P.S., coll. Musiques-écritures, 2008. Plus particulièrement p.67-80 et p.177-200.
- Patrick Barbier. La Venise de Vivaldi : Musiques et fêtes baroques, Paris, Grasset, 2002.