14 octobre, 2009

On n'y voit rien...

Promenade matinale quelques heures avant le départ.
C'était la première fois que je voyais du brouillard (en vrai) à
Venise! Sensation étrange en marchant dans cet atmosphère
ouatée et mystérieuse. On n'y voyait rien! Plus de San Giorgio Maggiore,
plus de Lido, plus de Salute ni de palais ducal! Ce brouillard a ensuite
disparu pour laisser place à un ciel ensoleillé et à une journée qui s'annonçait
chaude et humide.






13 octobre, 2009

Glasstress




Voilà un de mes coups de coeur de la biennale. D'autant plus que cette expo
me permettait de voir un palais que je rêvais de visiter depuis longtemps, le Cavalli-Franchetti.
L'exposition avait pour titre Glasstress et réunissait un grand nombre d'artistes autour
d'un élément commun: le verre.

Détail des marbres du palais Cavalli Franchetti

Sphère-miroir de Sergio Borenga intitulée "Spazio", 2009 et
sur le mur du fond, une série de miroirs d'Orlan,
"Miroirs portraits: Stress of our Society", 2009

Installation de l'artiste Soyeon Cho, "In Bloom", 2009

Oeuvre (détail) de l'artiste canado-libanaise Marya Kazoun en collaboration
avec Christian Minotto et Andrea Busetto: "Habitat: Where he came from", 2009

Quelques liens:

11 octobre, 2009

Détail vénitien




Demain après-midi sur France Musique dans le cadre de l'émission "Concert de l'après-midi" à 16h sera diffusé le Selva morale e spirituale, Vêpres solennelles pour les fêtes de San Marco de Claudio Monteverdi sous la direction de Rinaldo Alessandrini.

Concert donné le 27 septembre 2009 en l'Abbatiale d'Ambronay,dans le cadre du festival d'Ambronay
Claudio Monteverdi Selva morale e spirituale : Vêpres solennelles pour les fêtes de San Marco
Anna Simboli, Lia Serafini, Sopranos
Andrea Arrivabene, Alto
Vincenzo Di Donato, Luca Dordolo, Gianluca Ferrarini, Ténors
Sergio Foresti, Matteo Bellotto, Basses
Concerto Italiano
Direction : Rinaldo Alessandrini

http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/concert-apresmidi/emission.php?e_id=80000065

10 octobre, 2009

Un po' di musica


Je tiens à souligner la sortie de deux CD. D’abord, le tout dernier album de Cecilia Bartoli, une des cantatrices que je préfère, intitulé Sacrificium et qui présente l'histoire des castrats. Je viens de le découvrir hier soir et je suis sous le charme ! Sont rassemblés sur ce disque des airs de Nicola Porpora et d’Antonio Caldara, pour ne nommer qu’eux. L’édition limitée comprend un CD bonus de trois pièces dont une de Geminiano Giacomelli « Sposa, non ti conosci », air déchirant qui avait été repris et modifié dans Bajazet de Vivaldi sous le titre de « Sposa, son disprezzata ». J’ai aussi particulièrement aimé l’air de Caldara « Quel buon pastor son io », j’en ai encore la chair de poule ! Cet album s’inscrit dans la suite de Opera proibita paru en 2005.

Présentation par l’éditeur :
Sacrificium - Edition limitée
De tous temps, le phénomène des castrats a passionné les foules et alimenté tous les fantasmes. Le film Farinelli, il y a une quinzaine d’années, a grandement contribué à accroître l’intérêt du public pour ce type de voix et de phénomène. Cecilia Bartoli nous présente aujourd’hui SACRIFICIUM. SACRIFICIUM raconte l’histoire des castrats, avec tout ce que cette histoire a de complexe, de beau, de fascinant, de cruel … En effet pendant des siècles, des milliers de jeunes garçons ont été sacrifiés pour la beauté de la musique. Cecilia Bartoli a choisi de nous faire découvrir des joyaux perdus de la musique baroque, avec un album composé presque exclusivement de premières mondiales (pas moins de 11 titres absolument inédits !). Les arias présentées ici appartiennent au répertoire le plus virtuose qui ait jamais été composé pour la voix humaine – une alternance de pièces pour colorature, et d’airs lents, d’une sensualité affolante, écrits pour montrer l’extraordinaire capacité respiratoire de la plupart des castrats.L’album se concentre sur l’école napolitaine, qui a produit les superstars de l’époque : Farinelli et Cafarelli. Le Giardino Armonico dirigé par Giovanni Antonini, qui avait accompagné le succès de l’album Vivaldi, est un partenaire inspiré, idéal. La version de luxe (avec la couverture rigide et le petit livre - un abécédaire de l’histoire des castrats) contient 2 CDs – Le CD principal qui fait 76 minutes et comporte 11 premières mondiales sur 13 titres, et un deuxième CD bonus, dans lequel on retrouvera des thèmes célèbres, dont le cultissime Ombra mai Fu.
http://www.musicme.com/Cecilia-Bartoli/albums/Sacrificium-0028947820840.html?play=12

Le deuxième CD est sorti au courant de l’été mais je ne l’ai remarqué qu’hier. Contrairement à celui de Bartoli, je ne l’ai pas encore écouté intégralement. Magdalena Kožená en est à sa seconde participation avec Andrea Marcon. Après Handel elle poursuit avec des airs de Vivaldi. Je connaissais déjà son interprétation de Juditha Triumphans sous la direction d’Alessandro de Marchi dont je garde un bon souvenir.

Voici le texte de présentation qu’on trouve sur le site de la DeutscheGrammophon :

Trouver l'émotion et ne pas la quitter: Magdalena Kožená chante Vivaldi

Comme le révèle une lettre de 1737 dans laquelle Vivaldi se qualifie d'«entrepreneur indépendant» (franco intraprenditore), le compositeur des déjà célèbres Quatre Saisons se considérait en premier lieu non pas comme le violoniste virtuose et pionnier du concerto de soliste que nous connaissons aujourd'hui, mais comme un homme de théâtre. Il est vrai que depuis l'époque de son premier opéra, Ottone in villa, présenté à Vicence en 1713, jusqu'à son ultime séjour à Vienne où il mourut, le 27 ou 28 juillet 1741, il fut l'un des compositeurs d'opéras les plus actifs d'Italie du nord, montant ses propres œuvres au théâtre Sant'Angelo de sa Venise natale et voyageant à Rome, Florence, Milan, Mantoue et Vérone, et même aussi loin que Vienne et Prague pour aller voir diverses productions. Il prétendit - exagérant un peu sans doute - avoir composé 94 opéras, mais ils ne lui ont pas survécu (moins de trente nous sont parvenus intacts), et ce n'est que depuis une dizaine d'années que le mélomane moderne a commencé à se familiariser avec sa musique théâtrale grâce à un nombre croissant d'enregistrements et, de temps à autre, à quelque nouvelle production.

Pour Magdalena Kožená aussi il y avait des découvertes à faire quand l'idée vint, suite à son disque Haendel avec le Venice Baroque Orchestra (leur première collaboration), de se lancer dans un nouvel enregistrement consacré à l'opéra vivaldien. «Andrea Marcon et son orchestre vénitien ont cette musique dans le sang et ils ont fait des choses étonnantes auxquelles je ne m'attendais pas du tout. Par exemple quand ils ont commencé à jouer l'air Forse, o caro, in questi accenti (Farnace), j'ai immédiatement eu l'impression de me retrouver la nuit à Venise, bercée dans une gondole. Il y avait cette espèce de magie dans leur façon de jouer.»
Magdalena Kožená avoue être attirée par ce côté doux de l'art vivaldien; pourtant, quand on écoute de la musique vocale de Vivaldi, on est avant tout frappé par cette virtuosité éblouissante directement calquée sur son écriture instrumentale, qui semble se moquer éperdument des limites humaines des chanteurs. «Ces feux d'artifice représentent toujours un défi captivant pour moi, assure Magdalena Kožená, mais je n'ai pas mis tellement de ces airs virtuoses dans mon programme, bien que certains soient des chefs-d'œuvre - par exemple Armatae face (Juditha triumphans) ou Nel profondo (Orlando furioso) retenus sur ce disque. Ils sont amusants à chanter, c'est un peu comme aux jeux olympiques, vous vous demandez si vous allez y arriver ou pas.»

Dans les airs lents de Vivaldi, la simplicité est le véritable défi: comment tirer d'une écriture souvent très économe quelque chose d'essentiel? «L'important, c'est le climat du moment, explique Magdalena Kožená. Ces airs sont assez impressionnistes. Il faut trouver le climat particulier, éviter de s'accrocher au sens de chaque mot et accepter l'idée qu'on reste dans ce climat pendant un certain temps. C'est très zen de cette manière, très relaxant. J'aime écouter du Vivaldi quand il fait gris parce que c'est réconfortant et ça vous met en harmonie avec la nature.»

Il est difficile de ne pas faire la comparaison avec Haendel. Même si Vivaldi ne présente pas la même intensité émotionnelle, concède Magdalena Kožená, l'important est ailleurs, insiste-t-elle: «En enregistrant mon disque Haendel, j'ai fait du grand drame, mais la musique de Vivaldi ne le supporterait pas; toute exagération la détruirait. C'est comme le verre de Murano: la moindre erreur lui fait perdre sa magie, sa perfection. Bien sûr, on ne peut pas dire que Vivaldi ne soit pas émotionnel, mais songer au yoga, quand on vous demande de vous concentrer sur une chose et d'y trouver votre bonheur. Normalement, en musique, comme dans d'autres domaines, je recherche les grands contrastes, mais je ne pense pas que cela convienne à Vivaldi. Même si ses morceaux lents sont aussi des airs d'opéra où se profile un drame en filigrane, il faut trouver une seule émotion et ne pas la quitter. C'est bien plus difficile que l'aspect virtuose.»

Magdalena Kožená raconte qu'elle a passé de nombreuses heures à constituer ce programme, jetant son dévolu autant sur le registre de soprano que celui d'alto afin de mieux illustrer la variété d'approches du compositeur. Sa tâche a été simplifiée par l'aspect relativement méconnu de ce répertoire: «Je me suis vraiment sentie libre de choisir le meilleur musicalement du fait de l'absence d'airs archiconnus qui auraient été “indispensables" sur le disque.» Ce qui ne l'empêche pas d'avoir son air préféré, Gelido in ogni vena, extrait de Farnace. «C'est un chef-d'œuvre étonnant, complètement hors de ce monde, où pour le coup il y a du théâtre: le roi Farnace vient de découvrir que celui qu'il a donné l'ordre de tuer est son fils et il est complètement glacé par l'horreur.» Vivaldi semble lui aussi avoir réagi au drame de manière hautement personnelle: pour illustrer le sang qui se glace il a emprunté au froid premier mouvement de L'Hiver de ses Quatre Saisons.

Les disques d'airs de Vivaldi étant encore une denrée rare, ils signifient presque toujours un voyage en territoire inconnu. Pour Magdalena Kožená, le plaisir de la découverte s'est doublé du plaisir de travailler avec le Venice Baroque Orchestra, et comme il n'était pas possible de donner ces airs en concert avant l'enregistrement, leur interprétation n'a pas eu le temps de perdre sa fraîcheur. «J'avais un peu peur d'aller directement au studio, mais je savais que ça allait être fantastique de faire de la musique avec l'orchestre vénitien, et comme l'a dit Andrea, on ne pouvait que gagner dans l'échange musical, en fraîcheur et en spontanéité, en faisant les choses “sur le moment". Il avait raison!»
Lindsay Kemp



Antonio Caldara (1670 Venise-1736 Vienne)

« Très fécond compositeur vénitien d'opéras et d'oratorios, qui devint en 1716 vice-Kapellmeister de la cour impériale de Vienne sous l'autorité de Fux. Caldara servit comme enfant de choeur sous l'autorité de Giovanni Legrenzi à San Marco, où il apprit également la composition, la viole de gambe, le violoncelle et les instruments à clavier. Il publia ses premières oeuvres - sonates en trio et cantates pour soliste - dans les années 1690.
Sa nomination en 1699 au poste de maestro di cappella da chiesa e dal teatro par Ferdinando Carbo, duc de Mantoue, décida de sa carrière pour les productions d'opéras à sa cour ; le duc dépensait des sommes énormes, et Caldara eut les mains libres pour faire fructifier ses talents de compositeur dramatique (mais sa musique pour Mantoue n'a que très peu survécu). Il fut autorisé à travailler à Venise, Florence, Gênes et Rome, et accompagna peut-être le duc à Paris en 1704. En 1708, il quitta Mantoue pour Rome, où son oratorio de carême Il martino di Santa Catarina fut exécuté (vraisemblablement en la présence et avec l'assistance d'Alessandro Scarlatti, C. F. Cesarini, Bernardo Pasquini, Corelli et même Haendel) au palais du cardinal Ottoboni.
Espérant un poste de cour à Madrid ou à Vienne, Caldara partit immédiatement pour Barcelone, à la cour du prétendant autrichien Charles III, où son Il piu bel nome (texte de Pariati) eut l'honneur d'être le premier opéra italien représenté en Espagne. Il n'en garda pas moins ouvertes ses options italiennes : son opéra Sofonisbe (texte de Silvani) fut monté plus tard, dans l'année 1708, au Teatro San Giovanni Grisostomo de Venise.
Il retourna à Rome, devint maestro di cappella du marquis Ruspoli - poste convoité par le jeune Haendel - et passa plusieurs années à son service. Stimulé par les musiciens à sa disposition, Caldara composa une grande quantité de cantates pour soliste et en duo, quatre opéras, trois intermezzos et dix oratorios. Il enrichit graduellement son style vénitien de tournures galantes, utilisant de préférence des orchestres plus réduits, des textures favorisant le registre soprano, des rythmes de danse et des parties vocales coloratures conçues mstrumentalement.
A la mort soudaine de l'empereur Joseph Ier en 1711, Caldara estima prudent de renouer avec Charles III - appelé à devenir l'empereur Charles VI - à son retour d'Espagne via l'Italie du Nord. Caldara se rendit à Vienne en 1712, mais y trouva M. A. Ziani et J. J. Fux solidement installés dans les deux postes musicaux les plus importants. Lors de son voyage de retour, il s'arrêta à Salzbourg, où il fut bien reçu. Ziani mourut en 1715, et son successeur au poste de Kapellmeister fut Fux, ce qui laissa vacant celui de vice-Kapellmeister. Tout naturellement, le choix tomba sur Caldara, qui en 1716 retourna à Vienne, s'arrêtant de nouveau à la cour de Salzbourg (à laquelle de 1716 à 1727 il envoya tous les ans un nouvel opéra).
En tant qu'assistant de Fux, Caldara fut largement libéré de ses obligations de compositeur liturgique, et son aisance technique lui permit d'assumer à l'extérieur des tâches fort lucratives. Il fut chargé de composer tous les ans des opéras pour la fête de l'empereur, pour le carnaval à partir de 1726, et tous les deux ans pour la fête de l'impératrice. A partir de 1718, il mit en musique tous les nouveaux livrets d'opéras du poète de cour Apostolo Zeno et, à partir d'environ 1725, tous ses nouveaux livrets d'oratorios (drammi sacri). Influencé par Fux, et sous la pression de l'empereur, il modifia de nouveau son style compositionnel, qu'il enrichit de nouvelles tournures contrapuntiques. Mais ce fut Fux qui fournit l'opéra Costanza e Fontezza pour le couronnement de l'empereur comme roi de Bohème à Prague en 1723. Caldara dirigea néanmoins les représentations à Prague. Dans les années 1730, Métastase ayant succédé à Zeno, Caldara mit en musique plusieurs de ses livrets d'opéras et d'oratorios - ainsi que les livrets d'oratorios envoyés chaque année par Zeno de Venise (jusqu'en 1737). » (Guide de la Musique baroque)

À écouter également:
Maddalena ai piedi di Cristo (1700 c.)
Maria Cristina Kiehr, Rosa Domínguez, Bernarda Fink, Andreas Scholl, Gerd Türk, Ulrich Messthaler
Orchestre de la Schola Cantorem Basiliensis, dir. René Jacobs
Harmonia Mundi France (2 CD, rintracciabile anche a basso prezzo come cd-catalogo HMF, 1996).

08 octobre, 2009

Le rose Tiepolo


Un essai de Roberto Calasso
Le mystère Tiepolo
PAR FREDERIC VITOUX

On ignore tout de la vie de ce peintre, mais son oeuvre reste lumineuse. Un livre explore sa part d'ombre.
Le rose Tiepolo, l'impalpable et sensuel rose cerise qui plongeait Proust dans les affres du bonheur, donne son titre à l'essai de Roberto Calasso. Le plus juste aurait été «le Mystère Tiepolo». Mystère de celui qui fut l'un des derniers artistes profondément heureux de toute l'histoire de la peinture. Bien entendu, il y avait chez lui une part d'ombre, mais elle se dissipait à Venise sur les murs du Palazzo Labia, les plafonds des Gesuati ou de la Scuola Grande dei Carmini dans une lumière blanche, égale, comme sous les feux de projecteurs divins. Même les représentations énigmatiques et morbides de ses Scherzi (ces planches gravées, longtemps méconnues, dont Calasso déplore à juste titre que Baudelaire ne les ait pas connues) semblent s'apaiser dans une clarté laiteuse, comme s'il s'agissait de représentations avec des personnages types.
Oui, il y a un mystère Tiepolo que Calasso, avec sa formidable culture et sa curiosité minutieuse, ne cesse ici d'explorer. Mystère d'une vie dont on ne sait rien, comme si le peintre, au Siècle des Lumières qui était pour lui un siècle ébloui, s'était ingénié à ne laisser aucune trace, aucun écrit, aucun témoins, se contentant de courir d'une commande à l'autre pour satisfaire les riches patriciens, les princes-archevêques ou les familles royales, et de chanter leur gloire drapée d'histoire et de mythologie en d'immense représentation aériennes. Il n'y avait chez lui aucune emphase. Juste une théâtralisation du monde pour laquelle il convoquait les mêmes comédiennes dans les mêmes somptueuses parures pour jouer la fille du pharaon, la reine Cléopâtre, Vénus ou la Vierge Marie. Mystère enfin de sa symbolique, de sa virtuosité, de sa vitesse d'exécution, de sa luminosité. Roberto Longhi, pourtant peu indulgent à son égard, disait qu'il était «un Véronèse après la pluie».
Comme il y a un délire de la fantaisie chez Tiepolo (qui n'a pas admiré son plafond peint de la Residenz de Würzburg ne saura jamais ce qu'est le bonheur fou de la peinture), il existe une même virtuosité de l'interprétation et de l'érudition chez Calasso. Etrange paradoxe! L'artiste le plus sublimement superficiel (en apparence) a inspiré ici l'un des essais les plus profonds qui soit. Un texte nourri par la grâce, les esquives, la lumière du peintre et qui projette sur lui l'ombre de son intelligence.
F.V.
«Le Rose Tiepolo», par Roberto Calasso, traduit de l'italien par Jean-Paul Manganaro, Gallimard, 352 p., 27,50 euros (en librairie le 25 mai 2009)
L'essayiste déconstruit l'accusation de frivolité portée à l'encontre du Tiepolo, qu'il considère comme le dernier souffle de bonheur en Europe. Il analyse les gravures méconnues du peintre, les Capricci et les Scherzi, dans lesquelles il détecte des alphabets de signes primaires, possédant une charge érotique et symbolique forte.

Référence du texte: http://bibliobs.nouvelobs.com/20090525/12696/le-mystere-tiepolo

Le rose Tiepolo
Quatrième de couverture:
Toute sa vie, Tiepolo aura peint sur commande pour les églises et les palais, couvrant de fresques jusqu'aux vastes plafonds de la Résidence de Würzburg ou du palais royal de Madrid.Dans son oeuvre s'anime toute la vie d'une époque - le dix-huitième siècle - qui l'admira sans se préoccuper de le comprendre. Il ne fut que plus facile à Tiepolo de lui échapper, et de livrer son secret à ses seules gravures, trente-trois Capricci et Scherzi. Chacune est comme le chapitre d'un roman noir, éblouissant et muet, peuplé de personnages hétéroclites et déconcertants : éphèbes épanouis et Orientaux ésotériques, Satyres et Satyresses, hiboux et serpents - et même Polichinelle et la Mort. De page en page, nous les retrouvons côtoyant Vénus, le Temps ou Moïse, Armide ou la cohorte des anges, Cléopâtre ou Béatrice de Bourgogne : une foule bigarrée, une troupe de bohémiens itinérants, cette «tribu prophétique aux prunelles ardentes» dont parle Baudelaire.Plus qu'un brillant intermède dans l'histoire de la peinture, l'art de Tiepolo fut une manière à travers laquelle les formes se manifestèrent, un certain style dans le déploiement de leur défi. Ses figures révèlent une fluidité sans effort ni obstacle. Toutes accédaient au ciel sans oublier la terre, incarnant une dernière fois la vertu suprême de la civilisation italienne : la sprezzatura. Nul mieux que Tiepolo ne sut donner à voir ce que Nietzsche appelait «l'Olympe de l'apparence».

Après La Ruine de Kasch (1987), Les noces de Cadmos et Harmonie (1991), Ka (2000) et K. (2005), Le rose Tiepolo se présente comme le cinquième volet d'une oeuvre en devenir, dont les différents moments, fortement articulés entre eux, élaborent les matières les plus diverses, sans qu'aucun ne puisse être assigné à un genre établi. Le présent ouvrage, entre récit et essai, est enrichi de plus de quatre-vingt illustrations faisant contrepoint au texte, et réalise une véritable osmose entre l'image et le mot.


Je n'ai pas encore lu cet essai mais j'ai bien hâte de le faire. Il est sur ma liste de livres à acheter à Paris cet hiver!

Au fil de mes lectures




Petite visite à la biblio hier après-midi. J'ai mis la main sur un vieux livre. Une agréable découverte: Venise que j'aime
Présentation de Jean Cocteau, légendes de Michel Déon, texte d'André Fraigneau et photographies de Jean Imbert. Le livre date de 1961.

Voici quelques citations extraites du texte de Cocteau:

Car si Venise échappe à certains phénomènes qui paraissent lui être propres et n'étaient que des mirages littéraires, le privilège intemporel de ses rues interdites aux véhicules l'apparente aux absurdes magnificences du rêve.

Voilà cette Venise qui m'incline à laisser mon encre
imiter les serpentins multicolores en quoi le
Canal change les palais qui le bordent.

05 octobre, 2009

Visite de l'Anzolo Rafaele (suite...)



En passant derrière l'autel...

Détails de la tribune de l'orgue



Retable de Lattanzio Querena

J’ai revisité l’église de l’Angelo Raffaele lors de mon voyage en septembre et cette fois j’ai pu voir ce que j’avais raté en janvier. Je suis allée voir le gardien et je lui parlé, en italien, d’une salle présentant de magnifiques fresques qui devait se trouver dans cette église mais que je ne voyais pas. Il m’a fait signe de le suivre et m’a conduite dans le baptistère en me remettant un peu de documentation. Nous sommes donc passés derrière l’autel avant d’arriver dans une belle petite pièce à plafond relativement bas recouvert des superbes fresques de Francesco Fontebasso, élève à la fois de Ricci et de Tiepolo. Ces fresques récemment restaurées ont retrouvé leur éclat d’antan.
Les Fonts Baptismaux, en marbre polychrome, sont surmontés d’un couvercle de cuivre et de bronze.
On trouve également un retable de Lattanzio Querena (1768-1853) qui représente Notre Dame des sept douleurs. En sortant du baptistère j’ai poursuivi la conversation avec le très sympathique gardien qui m’a fait visiter l’église tout en me permettant de prendre des photos (sans flash).
(Vous pouvez cliquer pour les voir en grand format)

Baptistère


Détail fresque de Fontebasso

Fonds Baptismaux

Villes d'Italie au Moyen Âge


Les lundis de l’histoire sur France Culture

émission du lundi 5 octobre 2009, 15h (podcast disponible)
Villes d’Italie au Moyen Age

A propos de :
Les villes vivantes – Italie XIIIème-XVème siècles, Fayard, de Elisabeth Crouzet-Pavan
Par Jacques Le Goff

Avec:
Elisabeth Crouzet-Pavan. professeur d’histoire du Moyen Age à Paris IV-Sorbonne
Jean-Claude Maire-Vigueur. professeur à l’université de Rome

Pour écouter:
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/lundis/

À lire:

Elisabeth Crouzet-Pavan a notamment publié:
Venise triomphante : Les horizons d’un mythe (1999, réed. poche 2004)
Venise : une invention de la ville XIIIe-XVe siècle (1997)
La lente mort de Torcello. Histoire d’une cité disparue (1994)


Ajouts:
Le jardin des dieux
Dimanche 4 octobre (peut être réécouté durant 30 jours)
D'Adrian Willaert à Claudio Monteverdi: l'âge d'or de la Basilique Saint-Marc 1527-1643
http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/jardin-dieux/emission.php?e_id=65000057

et la suite de Histoire de... sur la musique à Venise
http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/histoirede/emission.php?e_id=65000039

01 octobre, 2009

Fenêtre




Fenêtre dans le palazetto Tito, un des sièges de la fondation Bevilacqua, dans le Dorsoduro non loin de San Barnaba. De ce palais émanaient des chants d'oiseaux. On y présentait une exposition de Yoko Ono: Anton's Memory.






30 septembre, 2009

Visite exceptionnelle



Plaque de l'église

Entrée de l'église

Entrée du Palazzo di Malta


Chiesa San Giovanni Battista et Palazzo di Malta
À droite de la scuola degli Schiavoni se trouve la corte de San Giovanni di Malta où l’on peut voir l’église du même nom fondée entre le XIe et le XIIe siècles par les Templiers, ordre qui sera dissous en 1312. Elle fut agrandie au XIVe siècle, puis reconstruite en 1565. L’église, occupée ensuite par des frères, fut supprimée en 1810 mais redevint propriété des chevaliers de Malte en 1839. L’église fut malheureusement dépouillée de ses plus belles pièces aujourd’hui disparues. Celles que l’on peut y voir proviennent des églises qui furent supprimées et détruites.
Ce lieu est présentement le siège du Grand Prieuré de Lombardie et de Venise de l’ordre souverain et militaire de Malte. Cet ordre, dont l’ objectif premier était de porter assistance aux pèlerins qui se rendaient en terre sainte, naquit au Moyen-Orient en 1032. Il s’appelait «ordre des Hospitaliers» et était sous la direction de moines bénédictins. Puis, sous la pression des Musulmans, il prit un caractère militaire et devint l’ «ordre de Saint-Jean de Jérusalem».

L’église a connu différentes appellations au fil du temps. Elle a d’abord appartenu aux Templiers et portait à ce moment le nom de San Giovanni del Tempio. Après l’abolition de cet ordre en 1312, elle passa d’abord aux chevaliers de Rhodes, puis aux chevaliers de Malte devenant ainsi San Giovanni di Malta. Les vénitiens continuent parfois à l’appeler San Giovanni dei Furlani parce qu’elle se situe non loin de la lunga calle dei Furlani (nom qu’on donne aux familles immigrées de la région du Frioul).

À propos de l’emblème de l’ordre de Malte : croix blanche à huit pointes, symbole des béatitudes du discours de la montagne. Cet ordre comportait trois classes :
- chevaliers : ceux qui portent les armes
- cappellani : moines normaux ou réguliers
- servitori : ceux qui prennent soin des malades et des blessés.

Nous avons pu profiter de l’ouverture exceptionnelle de ce lieu le 13 et le 14 septembre dernier à l’occasion de la fête dell’esaltazione della Santa Croce (12 septembre). Nous avons ainsi eu accès à l’église, au cloître, à la sala capitolare avec ses fresques médiévales récemment restaurées, illustrant la vie de Santa Caterina d’Alessandria et aux salles d’exposition de l’Istituto di Studi Giovanniti du Palazzo Malta (3252A).

Dans l’église à nef unique sur le côté droit de l’abside, près du maître-autel, on peut admirer une toile attribuée à Bellini « Le baptême du Christ ». Le maître-autel est de B. Bergamasco et les statues qui sont devant proviendraient de l’église San Geminiano qui fut détruite lors des travaux sous Napoléon.
Nous avons aussi pu apercevoir le grand jardin, où se prélassaient quelques chats, situé derrière le palazzo.


Fresques de la sala capitolare



Maître-autel de Bergamasco

Tableau attribué à Bellini "Baptême du Christ"