lundi 31 décembre 2012

Meilleurs voeux!



Je vous souhaite une très belle année 2013, bonheur, santé, de beaux voyages à Venise ou ailleurs!
Bon réveillon!

Bonne année!
Happy New Year!
Felice anno nuovo!  


samedi 29 décembre 2012

Exposition Venezia à Paris

Jusqu'au 31 janvier, vous pouvez voir une exposition de photos sur Venise à la galerie de l'Europe.






Lieu: Galerie de l'Europe, 55 rue de Seine, Paris 6e.
Heures d'ouverture: mardi-samedi 10h30-13h et 14h-19h
Liens:
http://www.denisrobert.org/denisrobert.org/VENEZIA.html
http://www.galerie-europe.com/?q=node/42

mardi 18 décembre 2012

Pause des fêtes


 Me voilà en route vers Paris, où je passerai les vacances de Noël. Je publierai peut-être quelques petits billets durant cette période puisque Paris est à l'heure vénitienne côté expos. J'espère pouvoir faire quelques reportages. En attendant, je vous souhaite des belles fêtes, de bons moments avec vos familles et amis. Je vous dis à bientôt!

lundi 17 décembre 2012

San Lorenzo (1)


Cette église a longtemps été un mystère pour moi. Elle était l'église aux chats, car on trouve sur son perron un "hôtel" pour chats, l'église perpétuellement fermée. J'ignorais totalement ce qui se cachait à l'intérieur et quelle avait été son histoire. À ma grande surprise, j'ai appris qu'elle avait ouvert ses portes dans le cadres de la biennale d'architecture l'automne dernier.


Histoire de l'église et du complexe monastique.

Sa fondation date de 853. Elle fut ravagée par un terrible incendie en 1105 puis reconstruite vers 1140. Entre 1592 et 1602, l'église est complètement restructurée et rénovée d'après les plans de Simeone Sorella. On raconte que durant les travaux les ouvriers ont trouvé deux urnes remplies de pièces d'or, sur lesquelles il y avait des inscriptions arabes, provenant peut-être de Tire qui étaient enfouies dans le sol probablement par l'abbesse Angela Michiel, soeur du doge Vitale Michiel II, pour les protéger d'une rébellion populaire qui entraina la mort de son frère en 1172. La façade projetée ne fut jamais complétée. C'est à l'occasion de cette restructuration que fut créé le monumental maître-autel à double face de Girolamo Campagna. Il fut en partie sculpté par Giovanni Maria da Cannaregio, était orné de reliefs et de statues et décoré d'incrustations de marbres précieux et de pierres précieuses. Situé au centre de la nef unique, il était flanqué de deux arches latérales fermées par de délicates grilles dorées. Cet ensemble marquait la frontière entre deux mondes, celui du peuple et celui des religieuses.

Campo devant l'église


Refuge pour chats






La musique tenait une place importante dans cette église où de prestigieux concerts étaient donnés, auxquels participaient les chanteurs de la Chapelle Ducale, notamment à la Fiera di S. Lorenzo, le 10 août. Cette fête était aussi surnommée la "fiera dei ladri" (le fête des voleurs) car des filous en profitaient pour faire les poches des spectateurs tout occupés à écouter la musique! On trouve notamment dans cette église les sépultures de Giuseppe Zarlino (1517-1590), Matteo d'Asola (?- 1609) et de Francesco Cavalli (1602-1676).
On a longtemps cru que la dépouille de Marco Polo reposait dans cette église. Des recherches ont été menées pour retrouver ses restes en 1908, puis en 1923 sans succès. Sa tombe se trouvait au pied d'un des autels de la chiesetta San Sebastiano (1007) qui était adjacente à l'église de San Lorenzo. Il est possible d'en apercevoir assez clairement la façade sur le plan de de Barbari. Il est possible que cette tombe soit encore enfouie profondément sous les fondations du bâtiment, la Casa d'Industria, qui a pris la place de la chiesetta vers 1806. Tous les tableaux qui ornaient les autels furent vendus en 1812, parmi eux un Palma le Jeune, un Sobleau, un Battista Marcato, et un triptyque de Carlo Crivelli qui décorait l'endroit où reposait le corps de S. Leone Bembo. Une autre toile de Crivelli, Madonna della Passione, aujourd'hui visible au museo di Castelvecchio de Vérone, proviendrait du monastère de San Lorenzo.

 Carlo Crivelli

On retrouve cet intérieur dans le tableau de Gabriele Bella Vestiario di una nobildonna veneta in San Lorenzo (Fondazione Stampalia Querini). Y apparaissent clairement l'autel monumental, les deux arches avec les grilles, les tribunes pour le peuple, les deux orgues installés dans des niches de part et d'autre de l'église, et l'on aperçoit même quelques visages derrière les grilles.


Filippo de Pisis, San Lorenzo, 1934

Quelques dates
1810: suppression de l'église et du monastère sous Napoléon (responsable de plusieurs fermetures et destructions d'églises vénitiennes). Entre 1810 et 1813 tous les biens de l'église seront dispersés (tableaux, accessoires religieux, orgues, autels. Nous ignorons ce qui est advenu du chœur des religieuses en bois sculpté.
1817: Réouverture de l'église
1842: Elle est assignée aux Doménicains
1865: Devient propriété de la Commune de Venise qui décide de la fermer car elle est en très mauvais état et d'en faire un entrepôt. Il est question de la démolir afin de construire un immeuble d'habitation.
1920: Nouvelle fermeture. Elle avait été gravement endommagée durant la Première guerre mondiale.
Elle sera restaurée dans les années 50. Quelques photos ici http://www.churchesofvenice.co.uk/castello.htm#sanlor
1984: Brève réouverture dans le cadre de la Biennale pour y présenter le Prometeo de Luigi Nono, dans un décor de Renzo Piano. Pour voir des images: http://www.fondazionerenzopiano.org/project/82/prometeo-musical-space/images/
2012: Nouvelle ouverture dans le cadre de la Biennale.

dimanche 16 décembre 2012

Ville-monde, la suite

Ville-monde: Venise (2)

Pour écouter la suite du reportage de Laure Adler c'est ici.
Bonne écoute!



dimanche 9 décembre 2012

Parution


Je suis heureuse de vous annoncer la parution du nouveau roman de Sylvie Mamy. Elle nous propose ici une version romancée de la vie de Veronica Franco, la plus célèbre des courtisanes vénitiennes.

Voici la présentation de l'éditeur:
Veronica Franco fut la plus célèbre courtisane de Venise. Issue d'une famille bourgeoise déchue, elle réussit à se hisser au niveau des cercles politiques et académiques les plus huppés. Elle fut ensuite réduite à la plus grande pauvreté par le clan adverse. Elle exprima dans un recueil son combat contre la domination masculine et patricienne, et consacra ses dernières années à la fondation d'un hospice destiné aux prostituées. Dans ce récit, la fiction se mêle aux éléments historiques.


Sylvie Mamy est musicologue et écrivain, directeur de recherche au CNRS.

Bibliographie:
Les grands castrats napolitains à Venise au XVIIIe siècle, Liège, Mardaga, 1994.
La musique à Venise et l’imaginaire français des Lumières (Prix des Muses pour la meilleure étude musicologique), Paris, BnF, 1996.
Les castrats, Que Sais-Je, Paris, PUF, 1998.
Antonio Conti, Lettere da Venezia a Madame la comtesse de Caylus 1727-1729, Florence, L.S. Olschki, 2003.
Lettre d’une virtuose vénitienne à un musicien français de passage à Venise, Venise, Rapport d’Etape, 2005.
Balades musicales à Venise, Paris, Nouveau Monde, 2006. Traduction italienne, Passeggiate musicali a Venezia, Trévise, Vianello Libri, 2006.
Antonio Vivaldi (Grand Prix des Muses 2012), Paris, Fayard, 2011. 



vendredi 7 décembre 2012

lundi 3 décembre 2012

Intérieurs vénitiens à la Renaissance

Venise, ville d’apparence où l’on exhibe avec ostentation les façades des palais, l’extérieur des maisons mais où l’intérieur reste un mystère impénétrable pour le passant. Isabella Palumbo Fossati Casa, grâce à un méticuleux travail de recherche, nous invite à visiter quelques intérieurs vénitiens de la fin du 16e siècle à travers un vaste éventail de types d’habitations de la plus modeste à la plus riche, brossant du même coup un portrait de la société vénitienne de l’époque.

Il semble que très peu de documents montrant des intérieurs vénitiens de cette époque ne soient parvenus jusqu'à nous. Il existe bien sûr quelques tableaux où sont représentés des intérieurs, mais il s'agit souvent de mises en scène, quelques témoignages littéraires mais sans grande précision. Isabella Palumbo Fossati Casa a choisi d'étudier quelques 600 inventaires notariés des biens recensés dans les maisons dressés entre 1570 et 1600. Un matériau extrêmement précis. On retrouve deux types d’inventaires. D’abord, les actes qui énumèrent chacune des pièces de la maison et les objets qu’elles contiennent, puis ceux se présentent sous la forme de listes continues. Le premier type nous en apprend notamment davantage sur la typologie des maisons vénitiennes.

« Nous avons choisi d’étudier l’intérieur de la maison car c’est le lieu privilégié de la vie quotidienne, de la vie familiale et des relations sociales, mais aussi, pour certains, le lieu de travail. » (p.17-18)

« Pour appréhender les différences entre les demeures, nous avons divisé notre étude en fonction de la typologie des édifices et de la classe sociale : c’est la réunion entre de ces deux composantes que se détache le mieux la spécificité des principaux groupes vénitiens. » (p.21)

Dame vénitienne dans sa chambre
Ecole de Paris Bordone, collection privée

Carpaccio, Le rêve de Sainte-Ursule (1500)

Tintoret, Annonciation (1570)


Le premier type de logement, le plus modeste, consiste en une seule pièce où l'on mange, dort, travaille, située parfois dans la maison d’un particulier ou dans un hôpital. Viennent ensuite les maisons populaires. Il ne faut pas oublier que société vénitienne de cette époque était composée à 90% par le peuple (popolani). "La structure urbaine de Venise, articulée en un ensemble de quartiers qui regroupent aussi bien les palais, les maisons petites et grandes que les boutiques, mêlant ainsi les riches aux pauvres, sans parler de cette singularité propre à Venise qui veut qu'on se déplace à pied à travers la ville et qu'on s'y rencontre, renforçait dans toute la population le sentiment de faire partie d'une communauté unique" (p.59). Ce type d'habitation pouvait comporter de 2 à 8 pièces généralement. Il comprend parfois la boutique ou l'atelier du chef de famille, on peut alors parler de "maison-boutique".
Le portego est la deuxième pièce en importance de la maison. Elle peut avoir une fonction liée au travail pour celui qui exerce une activité artisanale par exemple mais peut également avoir une fonction privée dans les maisons populaires. Le mobilier de cette pièce est souvent riche, tables, sièges, bancs, tableaux, dressoirs, fontaines pour se laver les mains, etc. Il est intéressant de noter que les livres sont peu présents dans les maisons populaires.

Le troisième chapitre du livre est consacré à la maison du marchand d'épices. Ce commerce étant divisé en deux branches: les apothicaires (spécialistes des médicaments) et les marchands en gros (vendeurs d'épices et de produits variés). Les marchands d'épices se définissaient comme un groupe social à part à la fin du 16e siècle et leurs boutiques étaient surtout concentrées autour de San Marco et du Rialto. L'ameublement diffère sensiblement de celui des autre couches populaires. Les pièces sont plus spacieuses, le mobilier plus abondant et plus diversifié. On note aussi la présence de "cuirs dorés" sur les murs des maisons des marchands d'épices, autre signe distinctif qu'on ne trouve pas dans les autres demeures populaires.

L'auteur s'intéresse ensuite aux maisons "des professions libérales", c'est-à-dire des notaires, avocats, médecins, chirurgiens, "cittadini originari" (intermédiaire entre la noblesse et le peuple constituant environ 5% de la population). " Les personnes exerçant les professions libérales ne sont en effet pas particulièrement fortunées [...] L'impression dominante est celle d'une aisance relative dont on se satisfait. Tout est cohérent dans ces demeures où l'on ne recherche pas à afficher son opulence. L'identité culturelle de l'homme qui exerce une profession libérale est suffisamment assurée et reconnue pour ne rendre nécessaire aucune forme d'ostentation." (p.135)

Carpaccio, Naissance de la Vierge (vers 1504)

Lorenzo Lotto, Annonciation (vers 1527, détail)

Atelier de Domenico Ghirlandaio, Notary Making an Inventory of a Household (fresque de la fin du 15e siècle)

Puis, il y a les incontournables marchands de Venise. Le marchand vénitien du 16e siècle ne provient pas nécessairement de la noblesse. "L'intérêt du marchand ne coïncide plus exactement avec le bien public et l'utilité sociale: par conséquent, le patricien qui, privilégié par sa naissance, détient le pouvoir, doit désormais se tenir écarté du commerce." (p.156)
Un nouveau groupe apparaît alors, les marchands "cittadini". Il faut rappeler qu'il existait trois catégories de citoyenneté vénitienne à cette époque: le citoyen originaire, qui doit avoir habité la ville depuis trois générations et n'avoir exercé aucun "art mécanique". Vient ensuite la citoyenneté concédée par privilège, elle-même étant divisée en deux groupes: de "intus" et de "extra". Pour être marchand, appartenir à la deuxième suffisait et permettait d'exercer le commerce avec un statut d'habitant de Venise. Les demeures des marchands devaient impressionner par leur qualité, leur beauté, leur richesse. "La réussite du marchand, concrétisée par les biens qu'il possède, l'imitation du style de vie des classes supérieures, sont quelques-uns des aspects qui font de cette classe dans la fin du 16e siècle une composante particulièrement intéressante de la société vénitienne." (p.205)

Giovanni Mansueti, La miraculeuse guérison de la fille Benvegnudo (1502)

Mansueti (détail)

Tintoret, Noces de Cana (1561)

Un important chapitre est consacré à la demeure patricienne. Les patriciens représentant environ 4.3% de la société vénitienne en 1581, cette classe détient le pouvoir politique. Les intérieurs patriciens sont vastes et bien structurés. Parmi les caractéristiques principales, on retrouve l'importance du lit, le raffinement de la literie et des tentures, la présence systématique du coffre (coffres en noyer incrustés d'ébène, d'autres en faux marbre, coffres rouges avec des serrures dorées...), la présence d'armes, on retrouve notamment exposés dans le portego le grand fanal de galère et la poupe dorée des bateaux de guerre, quantité d'autres meubles raffinés, des tableaux de différents genres, des livres, des instruments de musique, vêtements et bijoux. Dans le milieu patricien, on ressent la nudité des murs comme étant indigne. Des étoffes recouvrent toujours les parois. 

Isabella Palumbo Fossati Casa termine son ouvrage en présentant quelques cas particuliers: quelques inventaires féminins, la maison de l'ecclésiastique, la maison juive, la maison des étrangers et celle de l'artiste. En refermant le livre, il nous reste l'impression d'avoir fait un voyage dans le temps et dans l'espace, un voyage en imagination à travers tous ces objets du passé. Une lecture très agréable et passionnante.


En complément de lecture:
Patricia Fortini Brown. Private Lives in Renaissance Venice: Art, Architecture and the Family, Yale University Press, 2004, 312p.
http://www.storiadivenezia.net/sito/donne/Fossati_Figure.pdf pour ceux qui lisent l'italien.
http://www.youtube.com/watch?v=Q6zAA93Gvbk pour écouter la conversation du mois d'octobre à l'Institut Culturel Italien de Paris.
De plus, elle sera l'invitée de l'émission Secret professionnel de dimanche prochain 14h30. 

Présentation de l'auteur par son éditeur:
Après des études de Lettres et d’Histoire à l’Université de Venise, Isabella Palumbo Fossati Casa a obtenu un doctorat d’Histoire à l’École des Hautes Études en Sciences sociales de Paris, avec une thèse sur la maison et la société vénitiennes à la fin du XVIe siècle. Spécialiste de l’histoire culturelle, elle travaille aussi sur les relations artistiques, commerciales et linguistiques entre Venise et la Méditerranée orientale. Auteur d’une quarantaine d’articles, elle est maître de conférence d’italien à l’université de Picardie-Amiens.