samedi 27 juin 2009

Monet à Venise

Monet et sa femme, Place Saint-Marc, octobre 1908



Suite de détails de Le Rio de la Salute, 1908

« Trop beau pour être peint. » Voici ce que dit Monet à son épouse à leur arrivée à Venise. Heureusement pour nous, le peintre s’acclimate bien à cette ville exceptionnelle et il commence à peindre le 12 octobre.
Monet et sa femme, Alice, vont à Venise suite à une invitation de Mary Young Hunter que Monet avait rencontrée par l’intermédiaire de John Singer Sargent. Cette dernière disposait durant cette période d’un palais prêté par son amie Mme Curtis, le sublime Palazzo Barbaro. Monet et sa femme y séjourneront du 1er au 16 octobre 1908, puis prolongeront leur séjour au Grand Hôtel Britannia (aujourd’hui Europa) jusqu’au 7 décembre de la même année.
Ils seront invités à deux reprises aux soirées de la princesse de Polignac qui habite le palais Contarini dal Zaffo sur l’autre rive du Grand Canal en face du palais Barbaro.
Grâce à la correspondance entre Alice et sa fille, Germaine Salerou, il nous est possible de suivre en détails le déroulement du séjour vénitien.

Des lieux et des motifs.
À partir du moment où Monet commence à travailler, ses journées sont organisées comme du papier à musique. Un horaire en quatre sessions de deux heures reparties entre 8h et 18h ainsi qu’une série de motifs parmi lesquels on trouve : San Giorgio Maggiore, le Palais Ducal, quelques façades de palais sur le Grand Canal et la Salute. Monet n’a représenté qu’un très petite partie de Venise qui se résume à la portion du Grand Canal allant du pont de l’Accademia à San Giorgio Maggiore ou à de petites parcelles des sestieri de Dorsoduro et de San Marco.
Il produira un total de 37 toiles durant ce séjour, toiles qui seront achevées en atelier à Giverny entre 1911 et 1912. Elles seront exposées à la galerie Gaston et Josse Berheim en mai 1912. Le catalogue de l’exposition sera préfacé par Octave Mirbeau.

«Me voilà bien prêt de montrer mes Venise, que j'aurais tant aimé à
revoir sur place, car, comme toujours, hélas, au moment où je les livre, je suis toujours mécontent [...]»
(extrait d'une lettre à Durant, le 15 avril 1912)

«Les tableaux rapportés de Venise, achevés en atelier à Giverny, ne pourront jamais que s'inscrire dans le contexte d'une suite, c'est-à-dire d'une succession d'éléments qui portent sur des objets différents, tout en appartenant à une même entité référentielle. En fait, ce qui frappe surtout, c'est comment Monet à Venise se sent revivre une ancienne jeunesse. Tout ce que la ville lui offre appartient à une mémoire de son travail qui a été fondatrice de son histoire: l'eau et la lumière, d'une part, la pierre et le ciel de l'autre; le liquide et l'immatériel, le solide et l'éphémère.» (Philippe Piguet, Monet et Venise, p.61)

Saint-Georges Majeur au crépuscule, National Museum of Wales

Le Palais da Mula, National Gallery of Art, Washington

Le Palais Dario

Gondole à Venise, Musée des Beaux-Arts, Nantes


Il s'agit ici de la dernière toile ou plutôt ébauche demeurée à l'état de "commencement" que Monet a peinte à Venise et qu'il n'a pas souhaité reprendre en atelier par la suite.

Réf. : PIGUET, Philippe. Monet et Venise, Paris, Éd. Herscher, 1986. (ce livre a été réédité en 2008)

5 commentaires:

  1. Quelle belle photo émouvante, lui avec son pigeon sur son couvre-chef et madame avec ses fleurs, bon dimanche

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  2. Votre publication me ravit: Monet et Venise, quelle harmonie!
    Pour vous, ces phrases de John Ruskin: "La science compte exclusivement avec les choses telles qu'elles sont; l'art les considère exclusivement d'après l'impression qu'elles produisent sur le sentiment et sur le coeur de l'homme. Sa mission est de représenter les apparences des choses et d'augmenter leur impression naturelle sur les êtres vivants."
    Anne

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  3. Merci pour cette citation Anne. De quel livre est-ce?

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  4. Ce livre est remarquable, par la présentation, la documentation, les tableaux sur Venise : il y a entre autre un très beau portrait d'Alice par Nadar.
    Connaissez vous "les carnets de cuisine de Monet" aux éditions du Chêne? Il y a une très belle mise en scène de la table chez les Monet, les recettes qu'il annotait et réalisait lui-même, des photos de Giverny sous le givre...
    C'est très plaisant à regarder et lire, et cela complète la connaissance de Monet et de sa famille.

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  5. Bonjour Les Idées heureuses!
    Oui, j'ai déjà lu ce livre il y a plusieurs années. J'ai souvenir d'une soupe à l'ail (ça m'avait marquée, je ne savais pas qu'on pouvait faire ça!). Un livre effectivement agréable et plaisant. Je vais essayer de le retrouver.

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